Un langage que votre enfant comprend
Votre enfant traverse une période difficile, mais peine à en parler ? C'est souvent le cas — et ce n'est pas un problème en soi. Il existe une autre voie, tout aussi efficace, parfois même plus : la thérapie par le jeu.
La thérapie par le jeu utilise le jeu comme moyen naturel de communication, pour aider l'enfant à exprimer, comprendre et surmonter ses difficultés émotionnelles ou comportementales. Contrairement aux adultes, qui expriment leur souffrance par la parole, les enfants utilisent les jouets, le dessin ou les jeux de rôle comme un langage symbolique.
Je les accueille dans une pièce adaptée, remplie de jouets : figurines, marionnettes, pâte à modeler, bac de sable, crayons, et bien d'autres outils. En jouant ou en racontant des histoires, l'enfant extériorise ce qu'il a sur le cœur — peurs, colère, tristesse — sans avoir à l'expliquer directement avec des mots complexes.
Une version bien connue : la thérapie du jeu de sable
L'une des approches les plus abouties de cette démarche est la thérapie du jeu de sable, que je pratique régulièrement dans mon cabinet. Si vous souhaitez en savoir plus sur cette méthode en particulier, j'y ai consacré un article dédié.
Mais la thérapie par le jeu va bien au-delà du bac de sable : voici quelques-uns des outils que j'utilise également, selon ce qui parle le mieux à chaque enfant.
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Les techniques d'impact : rendre l'abstrait concret
Tous les outils présentés ci-dessous s'inspirent des techniques d'impact : une approche qui utilise des objets, des gestes ou de petites mises en scène pour rendre visible et manipulable ce qui, autrement, resterait flou dans la tête de l'enfant. Pour les professionnels curieux d'en apprendre davantage, l'Académie Impact propose du matériel gratuit et de nombreuses ressources.
Monsieur Méchant, et les personnages qui aident à grandir
Dans ma salle, il y a une marionnette qu'on surnomme "Monsieur Méchant". Elle représente cette petite voix intérieure critique, celle qui dit "tu es nul", "tu n'y arriveras jamais" — une voix qui parle tellement fort qu'on a souvent tendance à l'écouter.
Une fillette de 5 ans a un jour découvert ses pouvoirs. « Et si je l'écoute, je ne me sens pas bien », m'a-t-elle dit, en regardant la marionnette avec attention. Puis elle me l'a arrachée des mains, s'est levée, a ouvert l'armoire, et lui a lancé : « Toi, tu es méchant, au coin ! »
Depuis, chaque fois que mon propre Monsieur Méchant essaie de m'ennuyer, je revois cette scène... et j'éclate de rire.
D'autres objets servent à représenter des relations, des peurs, ou des situations vécues à l'école ou en famille — l'enfant les manipule, les déplace, et raconte à travers eux ce qu'il aurait du mal à formuler directement avec des mots.
Une BD, une épée et un bouclier pour comprendre les 4 accords toltèques
Les 4 accords toltèques (que veut dire ma parole, ne pas en faire une affaire personnelle, ne pas faire de suppositions, toujours faire de son mieux) sont des principes puissants, mais un peu abstraits pour un enfant. En plus d'une bande dessinée illustrée, j'utilise aussi des objets bien concrets : une épée, pour représenter le pouvoir de nos mots — « ma parole est une épée, elle peut blesser ou protéger » — et un bouclier, pour se défendre des suppositions et des jugements qui ne nous appartiennent pas. Manipuler ces objets transforme un principe abstrait en un vrai jeu, et les enfants les retiennent bien mieux qu'à travers une longue explication.
Les lunettes qui ne voient que le problème
Un des outils que je préfère : de fausses lunettes, qu'on appelle les "filtres déformants". Quand un enfant les porte, il ne voit que ce qui va mal — comme s'il portait ces lunettes tous les jours sans s'en rendre compte. On explore ensemble ce que ça change quand on les enlève, ou qu'on en essaie d'autres.
Le message est simple, mais puissant : l'enfant n'est pas statique. Il n'est pas condamné à toujours porter les mêmes lunettes, à toujours voir sa situation de la même façon. Il peut apprendre à changer de filtre, à essayer un autre regard sur ce qu'il vit.
Le questionnement à la manière de Socrate
Tout au long de ces séances, j'utilise aussi le questionnement maïeutique, hérité de Socrate : plutôt que de donner la réponse à l'enfant, je l'aide, par mes questions, à la trouver lui-même. C'est souvent la réponse qu'on découvre soi-même qui reste gravée le plus durablement.
C'est exactement l'objectif de tous ces outils : donner à l'enfant des images concrètes, à sa portée, pour qu'il puisse lui-même reprendre la main sur ce qu'il vit — pas seulement pendant la séance, mais aussi une fois rentré à la maison.
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