Harcèlement scolaire & cyberharcèlement : aider l’enfant ou l’ado à retrouver sa place

À l’école, tout ne commence pas forcément par du harcèlement au sens où on l’imagine.

Chez les plus petits, cela peut commencer dans la cour de récréation : « Tu ne joues plus avec nous », « T’es plus ma copine ». Des disputes, des clans qui se font et se défont, des exclusions, des moqueries…

Parfois, cela s’arrête là.

Et parfois, les choses prennent une autre tournure : un enfant qui est systématiquement mis à l’écart, humilié, insulté, bousculé… ou ce sac de gym que l’on retrouve dans la poubelle.

Chez les adolescents, les réseaux sociaux viennent parfois prolonger ce qui se passe à l’école : messages blessants, captures d’écran partagées, groupes dont on exclut volontairement quelqu’un, rumeurs, commentaires humiliants…

Et le jeune n’a alors plus vraiment l’impression de pouvoir « rentrer chez lui et souffler ».

Conflit, rejet, moquerie ou harcèlement ?

Tous les conflits entre enfants ne sont pas du harcèlement.

Apprendre à vivre avec les autres, c’est aussi apprendre à gérer une dispute, une frustration, un désaccord ou une amitié qui change.

Mais lorsque les mêmes situations se répètent, qu’un enfant se sent de plus en plus impuissant, qu’il n’ose plus répondre ou qu’il commence à avoir peur d’aller à l’école, il est important de regarder ce qui se passe de plus près.

Et surtout : ne pas attendre qu’il « se débrouille tout seul » lorsque la situation le dépasse.

Ni hérisson, ni paillasson

Lorsqu’un jeune se sent attaqué, il peut facilement osciller entre deux réactions.

Le hérisson : « Je pique avant qu’on me pique. » Il répond fort, attaque, provoque ou se met en colère.

Le paillasson : « Je ne dis rien, je laisse passer, j’espère que ça s’arrête. »

Entre les deux, il existe une autre possibilité : apprendre à poser ses limites, répondre, s’affirmer et montrer qu’il n’est pas une cible facile.

L’objectif n’est donc pas d’apprendre à un enfant à devenir agressif.

C’est de l’aider à développer son affirmation de soi :

« Je peux me défendre sans écraser l’autre. Et je peux poser mes limites sans me laisser écraser. »

« Dis-le à la maîtresse », « ignore-les », « réponds-leur »…

Lorsqu’un enfant souffre, les adultes cherchent naturellement une solution. Et c’est normal.

Mais il arrive que les solutions mises en place ne fonctionnent pas… voire que l’on continue à faire encore plus de ce qui ne fonctionne déjà pas.

« Ignore-les. » « Ne montre pas que ça te touche. » « Va encore voir le professeur. » « Tu dois répondre. » « Fais comme s’ils n’existaient pas. »

Certaines de ces réponses peuvent être adaptées dans une situation et inefficaces dans une autre.

C’est pour cela que je préfère partir de cette question :

Qu’est-ce que le jeune fait actuellement pour essayer de résoudre le problème… et qu’est-ce que cela produit ?

Parfois, le premier changement consiste justement à arrêter une stratégie qui entretient involontairement la situation et à essayer quelque chose de différent.

C’est l’un des aspects que j’apprécie particulièrement dans l’approche systémique et stratégique développée notamment par Emmanuelle Piquet, qui s’appuie sur l’École de Palo Alto : partir de la situation réelle et aider le jeune à construire une réponse adaptée à ce qu’il vit, plutôt que lui appliquer une recette toute faite.

Et les parents dans tout ça ?

Voir son enfant souffrir donne envie d’agir immédiatement.

Appeler les parents de l’autre enfant, intervenir soi-même, écrire à l’école, demander des sanctions, changer son enfant de classe ou même d’établissement…

Parfois, il faut bien sûr intervenir rapidement, notamment lorsque la sécurité physique ou psychologique du jeune est menacée.

Mais dans d’autres situations, agir trop vite ou à sa place peut involontairement renforcer son sentiment :

« Je ne suis pas capable de m’en sortir sans mes parents. »

L’accompagnement des parents consiste donc aussi à trouver la bonne position : protéger sans surprotéger, soutenir sans faire à sa place, intervenir lorsque c’est nécessaire sans lui enlever tout pouvoir d’action.

Et surtout, continuer à lui transmettre ce message :

« Je suis là. Je te crois. On va réfléchir ensemble. »

Et si on le changeait d’école ?

C’est une question que beaucoup de parents finissent par se poser.

Et il n’y a pas une réponse valable pour toutes les situations.

Parfois, changer d’établissement est nécessaire : parce que la situation est devenue trop lourde, parce que la sécurité du jeune n’est plus assurée ou parce que l’environnement ne permet plus de retrouver un équilibre.

Mais changer d’école ne suffit pas toujours à résoudre le problème de fond.

Si le jeune reste convaincu qu’il ne peut pas se défendre, poser une limite, répondre à une attaque ou prendre sa place dans un groupe, certaines difficultés relationnelles peuvent réapparaître ailleurs.

L’objectif est donc, lorsque c’est possible, de profiter de l’accompagnement pour renforcer aussi ses ressources : apprendre à répondre, poser ses limites, lire une situation sociale, demander de l’aide au bon moment et retrouver confiance dans sa capacité à faire face.

Un changement d’école peut alors être un nouveau départ, plutôt qu’une simple fuite devant une situation devenue insupportable.

Retrouver du pouvoir d’action

Lorsqu’un enfant ou un adolescent arrive en disant : « Ils sont plus forts que moi », « Je ne peux rien faire », « De toute façon, ça recommencera demain », une partie du travail consiste à l’aider à retrouver progressivement un sentiment de pouvoir agir.

On analyse ensemble qui fait quoi, quand, devant qui, comment le jeune réagit, ce qu’il a déjà essayé, ce qui apaise la situation et ce qui, au contraire, semble l’aggraver.

Puis nous cherchons une réponse qui lui corresponde.

Parce que se défendre ne veut pas forcément dire parler plus fort.

Pour certains jeunes, ce sera apprendre une réponse verbale. Pour d’autres, modifier une attitude, arrêter de se justifier, développer leur affirmation de soi ou retrouver progressivement une place différente dans le groupe.

L’idée est toujours la même :

l’aider à ne plus se sentir uniquement victime de ce qui lui arrive.

Quand le harcèlement passe par les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux ajoutent une difficulté supplémentaire : ce qui se passe entre jeunes peut continuer en dehors de l’école.

Messages privés, groupes de discussion, exclusions, photos ou captures d’écran partagées, remarques humiliantes…

Là encore, il est important de ne pas répondre dans la précipitation.

On peut travailler avec le jeune sur la façon de réagir, mais aussi l’aider à conserver les éléments utiles, à identifier les adultes à qui parler et à différencier ce qu’il peut gérer lui-même de ce qui nécessite clairement l’intervention d’un adulte.

L’objectif reste de conjuguer protection et autonomie.

Une approche qui s’inspire notamment du travail d’Emmanuelle Piquet

J’apprécie particulièrement le travail d’Emmanuelle Piquet, thérapeute systémicienne spécialisée dans la thérapie brève stratégique et les souffrances scolaires. Son approche consiste notamment à se placer aux côtés de l’enfant ou de l’adolescent pour l’aider à construire une réponse adaptée à sa situation et à mobiliser ses propres ressources.

Pour les parents et les jeunes qui souhaitent aller plus loin, je recommande notamment :

Te laisse pas faire ! – Emmanuelle Piquet
Je me défends du harcèlement – Emmanuelle Piquet et Lisa Mandel
Le Harcèlement scolaire en 100 questions – Emmanuelle Piquet
Votre enfant face aux autres – Emmanuelle Piquet

Et surtout : ne pas rester seul avec ça

Petit conflit dans la cour de récréation, exclusion qui commence à faire mal, harcèlement installé ou cyberharcèlement : il n’est pas nécessaire d’attendre que la situation devienne catastrophique pour en parler.

Nous pouvons travailler avec l’enfant ou l’adolescent, mais aussi accompagner les parents afin de réfléchir ensemble à la manière d’intervenir sans aggraver involontairement la situation.

L’objectif n’est pas de fabriquer un enfant qui ne ressent plus rien.

C’est de l’aider à devenir suffisamment solide pour pouvoir dire :

« Je sais ce que j’accepte. Je sais ce que je n’accepte pas. Et je peux apprendre à me défendre. »

Ni hérisson. Ni paillasson.